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Le
garçon appuie la tête sur son coude contre la barre en métal
de son lit et contemple avec l'oeil gauche le paysage par la fenêtre.
Sa mère bondit soudain pour lui ôter de la bouche un bonbon
que lui avaient offert des journalistes. "Ne lui donnez rien à
manger. Il doit se faire opérer de l'oeil à tout moment",
dit-elle, tirant son voile noir sur les cheveux, avant d'ajouter tristement:
"Il pourrait ne plus voir avec son oeil droit."
Une bombe munie d'un parachute
Nader et sa mère sont sortis indemnes d'un raid américano-britannique
mardi matin contre des régions près d'Al-Hillah, à
80 km au sud de Bagdad, où des dizaines de civils ont été
tués, la plupart des femmes et des enfants, et près de 400
autres blessés, selon des sources hospitalières et des témoins.
Mais, Nader est allé le lendemain jouer en plein air. Il a marché
sur une petite bombe dotée de parachute. Mardi, un journaliste
de l'AFP a vu les restes de ce qui semblait être des bombes à
fragmentation dans la localité d'Al-Hillah.
Interrogé, le général américain Vincent Brooks
a déclaré lors d'une conférence de presse mercredi
au siège du Commandement central (Centcom) au Qatar: "Je
n'ai aucun détail sur cette attaque en particulier et sur ces explosions
qui la lierait à des munitions à fragmentation."
Mais dans un communiqué, les forces américaines ont reconnu
avoir utilisé six bombes à fragmentation mardi dans
"le centre de l'Irak" contre une "colonne de chars".
Le Centcom a indiqué en outre que les forces américaines
avaient largué mercredi sur l'Irak "pour la première
fois dans un conflit armé" un nouveau type de bombe à
fragmentation, capable de braver le vent et les conditions météorologiques.
"Que Dieu les venge!"
La mère de Nader pointe du doigt d'autres lits sur lesquels gisent
six enfants, avec des pansements ensanglantés et des contusions
sur tout le corps. "Qu'ont-ils fait ces petits enfants aux Américains?.
Qu'ont-ils fait (au président américain George W.)
Bush?", dit-elle. "Que Dieu les venge en envoyant sur
Bush une bombe à fragmentation!", crie-t-elle.
Le regard fixe...
Hussein Ali Abed, deux ans, a le regard fixe. "Depuis le bombardement,
il est dans cet un état", explique son père, à
son chevet. "Sa mère, mon épouse, est morte dans
le bombardement lorsque plusieurs petites bombes ont été
larguées sur nous en pleine nuit. Je ne sais vraiment pas que faire
pour le sortir de cet état choc", dit-il.
Les bombes à fragmentation sont des munitions controversées,
dénoncées par les ONG pour leurs effets dévastateurs
sur les populations civiles.
Hussein Qazem Ghazay, médecin à l'hôpital
d'Al-Hillah, a affirmé que "toutes les blessures étaient
causées par des bombes à fragmentation ou des petites bombes
qui explosent lorsque les habitants marchent dessus ou les enfants les
touchent par erreur".
Au fond de la salle d'hôpital, une femme avec des pansements sur
la tête et les bras gît presque inerte sur un lit. "Hamida
Abed a perdu 15 membres de sa famille lorsque ces petites bombes ont été
larguées sur sa maison. Elle a perdu ses enfants, leurs épouses
et ses petits-enfants", dit une infirmière, avant d'ajouter:
"Elle ne le sait pas encore."
Nayla Razzouk - Agence France Presse
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