...ACTUALITE DU 02/04/03 - 22h10 - Les infos sur

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A l'hôpital d'Al-Hillah, des enfants irakiens mutilés
Nader, cinq ans, n'aurait pas dû jouer hors de sa maison mardi soir. Il est allongé à présent sur son lit d'hôpital avec un pansement sur un oeil après avoir marché sur une charge explosive au sud de Bagdad...

Nader, cinq ans, photographié à l'hôpital d'Al-Hillah le 2 avril 2003. [keystone]Le garçon appuie la tête sur son coude contre la barre en métal de son lit et contemple avec l'oeil gauche le paysage par la fenêtre. Sa mère bondit soudain pour lui ôter de la bouche un bonbon que lui avaient offert des journalistes. "Ne lui donnez rien à manger. Il doit se faire opérer de l'oeil à tout moment", dit-elle, tirant son voile noir sur les cheveux, avant d'ajouter tristement: "Il pourrait ne plus voir avec son oeil droit."

Une bombe munie d'un parachute

Nader et sa mère sont sortis indemnes d'un raid américano-britannique mardi matin contre des régions près d'Al-Hillah, à 80 km au sud de Bagdad, où des dizaines de civils ont été tués, la plupart des femmes et des enfants, et près de 400 autres blessés, selon des sources hospitalières et des témoins. Mais, Nader est allé le lendemain jouer en plein air. Il a marché sur une petite bombe dotée de parachute. Mardi, un journaliste de l'AFP a vu les restes de ce qui semblait être des bombes à fragmentation dans la localité d'Al-Hillah.
Interrogé, le général américain Vincent Brooks a déclaré lors d'une conférence de presse mercredi au siège du Commandement central (Centcom) au Qatar: "Je n'ai aucun détail sur cette attaque en particulier et sur ces explosions qui la lierait à des munitions à fragmentation."
Mais dans un communiqué, les forces américaines ont reconnu avoir utilisé six bombes à fragmentation mardi dans "le centre de l'Irak" contre une "colonne de chars". Le Centcom a indiqué en outre que les forces américaines avaient largué mercredi sur l'Irak "pour la première fois dans un conflit armé" un nouveau type de bombe à fragmentation, capable de braver le vent et les conditions météorologiques.

"Que Dieu les venge!"
La mère de Nader pointe du doigt d'autres lits sur lesquels gisent six enfants, avec des pansements ensanglantés et des contusions sur tout le corps. "Qu'ont-ils fait ces petits enfants aux Américains?. Qu'ont-ils fait (au président américain George W.) Bush?", dit-elle. "Que Dieu les venge en envoyant sur Bush une bombe à fragmentation!", crie-t-elle.


Le regard fixe...

Hussein Ali Abed, deux ans, a le regard fixe. "Depuis le bombardement, il est dans cet un état", explique son père, à son chevet. "Sa mère, mon épouse, est morte dans le bombardement lorsque plusieurs petites bombes ont été larguées sur nous en pleine nuit. Je ne sais vraiment pas que faire pour le sortir de cet état choc", dit-il.

Les bombes à fragmentation sont des munitions controversées, dénoncées par les ONG pour leurs effets dévastateurs sur les populations civiles.

Hussein Qazem Ghazay, médecin à l'hôpital d'Al-Hillah, a affirmé que "toutes les blessures étaient causées par des bombes à fragmentation ou des petites bombes qui explosent lorsque les habitants marchent dessus ou les enfants les touchent par erreur".
Au fond de la salle d'hôpital, une femme avec des pansements sur la tête et les bras gît presque inerte sur un lit. "Hamida Abed a perdu 15 membres de sa famille lorsque ces petites bombes ont été larguées sur sa maison. Elle a perdu ses enfants, leurs épouses et ses petits-enfants", dit une infirmière, avant d'ajouter: "Elle ne le sait pas encore."

Nayla Razzouk - Agence France Presse